02 mai 2007
THE LITTLE PRINCE

Je suis partagée entre plein de choses à écrire... à dire, à laisser là, comme ça!
Je n'ai pas envie de choisir alors je vais tout raconter;
- "la fabrication d'un mensonge" -
C'est un 1er roman d'Audrey Diwan qui, à force de matraquage dans les journaux, a fini par arriver entre mes mains. Je n'ai pas aimé;
Je veux dire, j'ai été extrêmement déçu, j'ai attendu qu'il se passe quelque chose pendant les 200 pages et puis non, rien, quelque chose en demi teinte, pas tellement assumé, mais pardon Melle, je ne suis pas du genre, et surtout pas là pour la moindre critique.
Néanmoins, le titre et la maigre explication page 171, sont, la "finalement bonne raison" que j'ai eu de m'y intéresser...
Quelque chose là, dans la description que fait l'auteur de son thème (le mensonge) est venu me frapper à la tête avec autant de force qu'il m'en reste encore une trace, une bosse.
Décryptage.
- "... je vais te confier un secret, celui de la fabrication artisanale d'un mensonge... Tu choisis un solide morceau de réalité, tu l'ouvres et tu y greffes délicatement un détail. Ensuite, tu recouds et tu attends de voir si ça prend. Tu te laisses cicatriser dans ta tête et, sans t'en rendre compte, tu commences à l'oublier. Si la greffe est réussie, le mensonge devient un petit morceau de ton histoire. Un bon mensonge est un mensonge qu'on se raconte d'abord à soi. Et naturellement, un jour, dans une conversation, il ressort tout seul. Le mensonge a germé. Il est mûr..."
Vous allez sûrement vous demander où je veux en venir?
Le principal c'est la résonance que cela fait en moi, en mes mots et en ce que j'écris depuis toujours!
Voici un nouvel extrait de PARLE MOINS FORT;
"
(...)
Je pourrais écrire un roman.
J’ai des tas de Kitty qui s’amassent mais je n’écris plus depuis deux ans.
J’écris autre chose. J’écris... pour me débarrasser un peu! (?)
Se débarrasser c’est approuver que ça existe. Non, alors non, je ne me débarrasse pas, je créer. J’invente.
Oui voilà, j’invente et je suis courageuse. On me dit que je suis courageuse d’écrire. Alors je continue.
Je pourrais inventer une histoire en hiver.
(Tu pourrais inventer, oui, ce serait tout autant courageux...)
“Anna aime la mort”.
(Anna? Ça sent la peur Anna. Anna c’est l’odeur de la peur mais Anna c'est peut-être aussi la libération. Allons-y pour Anna.)
Anna...
Ça raconterait le silence. Ça dévoilerait un secret. Celui d’une jeune fille qui se banderait les seins pour ne pas attirer l’attention, surtout ne pas attirer l’attention, tant elle est mûre et grande et différente des autres filles de sa classe, tant elle souffre de cette différence, les ongles rongés, les lourds soupirs, les tics. La jeune fille qui se battrait contre des garçons roux et débiles.
(Elle est différente. Elle se sent différente parce qu’elle est lourde. Dans ses yeux, c’est dans ses yeux que tout se passe. C’est dans ses yeux qu’il y a la différence... elle ne le fait pas exprès, ses yeux, ils l’emmènent, ils lui montrent des choses qui semble différentes. Alors elle écrit la différence, le silence. Je suis son silence...)
Anna qui aurait de longs cheveux blonds et qui dépasserait tout le monde d'une tête, à cause qu'elle a eu ses règles à onze ans et que, de toute manière, chez elle, tout aurait toujours été en avance. Anna qui penserait si fort qu'une fois qu'on est femme et que son corps est déchiré il est trop tard pour continuer de faire le bébé.
Alors elle grandirait plus vite que tout le monde, pour s’échapper.
(Elle a écrit “s'échapper c’est approuver que ça existe”, elle fait comme elle peut, elle fait comme sa peine...)
Anna lutterait contre les adultes qu’elle entendrait lui dire, face à ses silences et ses angoisses; c’est l’adolescence ça te passera!
Ça passera c’est sûr, il suffisait qu’elle le décide, qu’elle dessine, qu’elle écrive, qu’elle gribouille, qu’elle respire, qu’elle regarde ailleurs, loin de sa tête, qu’elle ne regarde plus dans sa tête!
Une petite fille. Une toute petite fille, fière, inconsolable, mais fière. Dure. Si dure. Et forte aussi. Une toute petite fille fière, dure et forte. Une petite fille à son papa.
(Elle écrit. Elle invente. Je suis tout ce qu’il y a au fond de sa tête. Je suis ses doigts qui s’articulent. Je suis ses pensées qui s’articulent. Je suis les vendredi à 11heure, les jolies fleurs, à gauche, à droite. Je suis dessins, je suis couleurs et gribouillages, je suis son air, je suis ses yeux ailleurs, je suis ce qu’elle décide... ne plus regarder dans sa tête. Malheur.)
C’est l’adolescence ça te passera! Anna se demanderait comment le poids de la vie, d’une nuit, d’un hiver, d’un Noël peut bien vous passer! En attendant, elle aurait envie de tous les buter chacun leur tour. Ces adultes. “Ça te passera”... !?
Elle serait de toute évidence consciente qu'elle ne ferait que trois lignes dans les journaux si elle envisageait de noyer sa petite soeur dans l'eau de son bain, d'électrocuter sa mère qui voulait s'en mêler ou d'empoisonner son père qui ne s'étonnerait même pas de se retrouver seul en rentrant du travail, son dîner tout prêt sur la table rempli de mort aux rats. Elle commencerait à devenir intéressante si pour chaque personne croisée sur son chemin elle poignardait de sang froid ou elle brûlait vif au zippo Camel...
Mais cette idiote d’Anna n’aurait aucune force de vengeance en elle.
Car elle serait une faible.
Faible comme une petite fille de treize ans...
Une toute petite fille, fière, inconsolable, mais fière. Dure. Si dure.
Alors son seul moyen de survie, pauvre idiote, serait d’écrire. Ecrire toujours et encore, et recommencer pour que ça passe. Et en écrire et des pages, et bien se vautrer dans ses mots pour être tranquille, surtout ne pas parler non! Ce serait trop dur, ça ferait bien trop mal, ça lui demanderait trop d’effort.
Alors non, la pauvre Anna n’aurait aucune force, que celle d’écrire des comptines sombres, amorales et pornographiques “recommandées aux enfants”, rien que pour voir leurs têtes horrifiées avant de s’endormir! Pour partager.
De toute manière elle pourrait toujours se faire piquer en train de les écrire et de les envoyer par internet dans tous les foyers du monde, elle serait de toute évidence coupable! A jamais elle le serait et plus encore d’avoir survécu...
Elle serait coupable d’avoir touché, d’y avoir goûté, d’avoir assisté, de ne pas avoir crevé cette fameuse nuit, sur ce lit, au pied de l’arbre fruitier du pêché. A ses pieds, à lui! ne pas avoir crevé, c'était lui permettre de recommencer...
(Je suis sa migraine, je suis son ambition, son imagination, sa contradiction. Je la suis, elle écrit, je suis sa permission d’écrire plus fort, encore, encore, et de recommencer...)
Alors pour passer le temps et pour oublier elle s’acharnerait sur son piano pour faire du son, du fort, du "qu’on entend"!
Son coeur, sa vie, croiseraient entre autre l’oeuvre de Mozart, Rachmaninof, Bach, Ravel... qui la transformerait pour toujours.
A quatre ans on la mettrait au piano et comme un bébé fou, elle passerait des heures sur les touches en ivoire, qui sentiraient la mort.
Anna aimerait ça.
Elle apprendrait le langage de la musique et choisirait de se taire.
On la penserait muette plusieurs années à cause de son silence, lourd. Celui qui plombe, celui que certain fuit, celui auquel on a pas envie de se frotter.
Trop dur, trop abyssal.
Elle susciterait de ce fait la tentation de lui faire du mal , on ne serait pas par où la prendre. Le silence rend fou les autres.
Ceux qui savent utiliser les mots pour vivre, se définir, ou contester.
Son silence rendrait fou. Les hommes n’auraient rien à craindre de sa parole. Elle ne parlerait pas. Surtout si ça fait mal. Elle ne parlerait pas...
Le silence rend fou les autres. Elle attirerait sur elle le vice et le drame.
Elle pèserait sur les gens de sa famille comme un être handicapé qu’on cache, qu’on enferme dans une chambre au dernier étage de la maison lorsque la maîtresse reçoit, pour ne pas faire désordre.
Elle serait la cause du divorce de ses parents et par conséquent de la rupture d’une famille entière. Elle aurait ce nouveau poids sur ses épaules. Elle serait lourde... Anna. Elle serait lourde
Comme son silence.
Lourd sur les autres qui ne veulent pas si frotter. Pas de temps à perdre avec son silence.
(Comme moi. Lourd sur les étagères où je m’entasse, où je prends la poussière. Où je prends trop de place. Comme son corps. Lourd de chair, de bouts de peau en trop. De souvenirs qui se cachent et qui opèrent. En silence. Dans son silence!
Mon dieu, je suis son silence...)
Anna porterait ce poids lourd, la déchirure du cocon familial, chaque fois qu’une grande cousine paternelle, ou un oncle secrètement amoureux de sa maman viendrait lui parler d’elle avec une nostalgie étouffante. Une nostalgie étouffante.
( Etait-ce sa force? il devait bien peser 30 Kilos de plus qu’elle...)
Alors Anna, un jour, se mettrait à écrire et tout cela finirait par disparaître, tout cela finirait. Avec le temps.
On arrête pas le temps...
(Mais tu peux le changer, inventer, créer, réécrire, et tu peux jouer, rêver, mentir. Tu peux écrire et encore et plus fort et rire et vivre et ne plus avoir peur...)
J’ai peur. Anna a peur. Je suis lourde. Je veux dire, elle est lourde. Elle porte sur ses épaules la déchirure. Les déchirures. La peau se déchire. La vie se déchire. Le papier se déchire. Les familles se déchirent. Le coeur se déchire. Les chaires se déchirent. Le corps déchiré pour toujours... J’ai peur.
"La peur est l’énergie qui contracte, referme, attire, court, cache, entasse et blesse.
L’amour est l’énergie qui s'étend, s’ouvre, envoie, reste, révèle, partage et guérit.
La peur enveloppe nos corps dans les vêtements, l’amour nous permet de rester nus.
La peur s’accroche et se cramponne à tout ce que nous avons, l’amour chérit.
La peur empoigne, l’amour lâche prise.
La peur laisse de la rancoeur, l’amour soulage
La peur attaque, l’amour répare.
Chaque pensées, paroles ou action humaine est fondée sur l’une ou l’autre de ces émotions. L’Homme n’a pas d’autre choix. La peur. L’amour. Mais l’Homme est libre de choisir entre les deux..."*Conversation avec Dieu* Neale Donald Walsh.
ET PUIS JUSTE POUR LE BON SOUVENIR ET POUR LUI FAIRE UN SIGNE, à toi le petit prince, cette chanson partagée, de tout mon coeur... Elfy
20 février 2007
IT'S A SIN

extrait de "Parle moins fort" elfy ka. (2002)
SI J'ÉTAIS SEULE...
Si je vivais seule...
(Je m'immisce en elle, je m’invente pour qu’elle se sente moins seule, je m'insère pour être plus vivant, pour qu’elle résiste encore plus fort...)
Si je vivais seule... je ne ferais rien pour m’en sortir, personne ne me surveillerait et ne saurait.
Ce serait très bien comme ça. Je veux dire, personne ne sait déjà vraiment comment je vis à ce jour, alors seule, n’en parlons pas.
Qui m’a déjà demandé comment je vivais?
Personne.
(C’est vrai. Personne. Je devrais parler... )
Non silence! Tu es mon silence. Tu es Il, mon silence.
(Je suis tes mots, ton imagination, Il, ton silence...)
Si j’étais seule je n’hésiterais pas à suivre celle qui vient de croiser mon regard comme une promesse d’invitation suivi de
"et plus si affinité".
Je veux plus! ... car il y a affinité.
(Prends des risques, décris celle qui vient de croiser ton regard. Je suis tes maux, ton rêve, ta peur, Il, ton affinité, tes sens, ton silence...)
Si j’étais seule, je chercherais l’affinité avec n’importe quel être humain vivant, juste comme ça pour passer le temps, pour me remplir et croquer la vie à pleines dents et pour trouver du réconfort.
Cela me suffirait, ce serait très bien comme ça.
Si j’étais seule je ferais un parfait personnage de Régis Jauffret, capable de faire de sa vie une longue promenade sans but et sans le moindre instinct de survie véritable, qui se terminerait par une rencontre finale avec la mort.
Après avoir écrit toute une vie.
Si j’étais seule, je ne vivrais pas dans le marais et je n’aurais pas autant de privilèges...
(Tu n’es pas seule! je suis tes mots, je suis tes grands carreaux, je suis tes soupirs, ta plume, ta conscience, je suis ton ami, je suis ton silence... Je suis ton vomi. Qui est “Elle”? )
Elle me dit;
- Non mais attends, je crois que tu n'te rends pas compte!
Ça va pour toi, c’est la belle vie quand même... T’as signé avec une super maison de disques, tu as reçu une avance incroyable, ton premier album est dans les bacs, tu vis dans l’un des quartiers les plus branchés de Paris, t’as un Producteur!
Depuis quand les chanteuses écrivent maintenant, de quoi tu te plains?
(Qui est “Elle”?)
Mais je ne me plains pas Connasse, je m’exprime!
(Bien lâché! )
Je sors de mes pores, de mon ventre et de mon cul tout ce qui pourri en moi, comme une matière nauséabonde qui empesterait mon toit, que je viderais et abandonnerais en pleine ville, devant tout le monde, rien que pour que ça sente moins fort chez moi!
Que je parle moins fort?
(Elle va partir, elle est nerveuse, elle pleure... elle écrit, c’est déjà bien. Écris plus fort!)
Qu’est ce que tu sais de moi hein?... Rien. Et que je parle moins fort?
Je n’écris pas pour les autres, pour la vérité, pour passer le temps. J’écris pour moi!
Je me déverse pour moi, je me répends pour moi et c’est très bien comme ça.
(Tu n’es pas seule, moi je suis là, je suis ta défense, ta conscience, ta résistance! Écris plus fort...)
Je fais ma Christine Angot et c’est très bien comme ça, et j’adore ça et si cela ne vous plaît pas... arrêtez vous là!
Ce sera très bien comme ça. “Il” est où?
(Je suis là, avec toi. C’est très bien comme ça.)
Si j’étais seule je ferais des petits bouquets de fleurs ramassées dans les jardins publics, celles qu’il est interdit de cueillir!
(C’est vrai, c’est interdit, mais je suis ton silence, ta démence, tes points d'exclamations, ta folie. Je suis ta protection aussi...)
Je le ferais quand même car je déteste plus que jamais qu’on m’interdise;
de parler trop fort au restaurant,
de pleurer,
de ne pas savoir me contenir,
de ne pas me tenir,
de ne pas avoir un vrai métier, une bonne situation,
de me tordre les chevilles dans la rue,
d’être dyslexique,
de ressembler à ma mère,
de me poser des questions,
de chercher de l’affinité avec n’importe qui,
de trouver TOUT très bien comme ça,
d’être compliquée,
de ne pas vendre assez de disques,
d’être jeune et fraîche,
d’aller voir une analyste,
d’écrire.
De ramasser des fleurs dans les jardins publics....
(Je suis ton espace, ta récréation, je suis ton audace, ton imagination...)
Alors je ramasserais ces fleurs interdites et chaque bouquet mettrait de l’harmonie dans mon logement qui serait fonctionnel et grand comme un mouchoir de poche.
Si j’étais seule, j’allumerais la télévision et écouterais en même temps un disque pour que, de l’extérieur, les autres entendent résonner une vie. La mienne...
(La notre...)
Je passerais mon temps à me faire les ongles de pieds, à m’épiler scrupuleusement les jambes et comme les femmes disent
- le maillot- je déteste ce mot.
Je laisserais intacts, pour m’en faire des tresses, mes dessous de bras et non pas - aisselles- que je déteste aussi.
(Je suis tes fautes, ton rythme, je suis tes mots qui vont trop vite.)
J’enregistrerais des conversations, dans les cafés parisiens, que j’écouterais le soir en rentrant pour que les voisins aient l’impression qu’un jeune couple vient de s’installer.
Si j’étais seule je demanderais l’heure aux passants mille fois si cela me chante et je ne mangerais rien,
ce serait très bien comme ça.
Rien manger, ce serait pour me laver du temps, des sons et des mots, que je ne dirais pas.
J’écrierais toute la journée, je me vautrerais dans mon language, sur mes cahiers, avec un plaisir de folle, je plongerais dans un monde sans parole, pour ne plus dire de mots qui ont du son et de la chance de sortir de moi, pour ne plus les libérer et les laisser s’envoler sans restriction, pour me nourrir de lettres et de si grands silences, dans du douillet de sourde, dans un confort de muette, pour ne plus à avoir à parler moins fort...
(Je suis ses mots sans son, ses cahiers, sa folie, son prolongement, ses journées sans parole et son plaisir de folle, son imagination.)
J’inventerais des romans érotiques et dramatiques, puis pour changer, je rédigerais des thèses sur des sujets que je m’imposerais.
-Le rôle de la guillotine au 18 ème Siècle,
-Freud et l’inceste,
-L’automutilation chez les adolescents ou encore le Sadomasochisme au quotidien...
Si j’étais seule j’apprendrais par coeur le nom des quatre cents morts qui ont vu leur tête tomber sous les doigts agiles du bourreau Anatole Deibler, je réciterais les répliques d’Hystéria à haute et intelligible voix comme si l’on venait me voir jouer, un soir de Février, au théâtre de la ville, accompagné de son papa;
“Je ne peux rien pour toi!"
Je me tailladerais, avec une paire de ciseaux ou un couteau, l’avant bras gauche, pour faire divertion, quand toi, “Il”, ne serait plus assez fort, quand je n’écrirais plus assez fort, quand je ne parlerais plus assez fort et que tout serait trop lourd, quand je ne pourrais plus tenir, faisant passer mes marques pour les griffes d’un jeune chat.
Les armes blanches sont devenues mes amies;
comme moi elles sont froides, silencieuses et déterminées. Déterminantes.
(Je ne suis pas responsable; je suis son espace, ses maux, son secret. )
Si j’étais seule je ne partirais pas cinq fois par an à Londres ou bien New york et je n’aurais pas à ma disposition trois mille livres, cinq mille CD, plusieurs centaines de DVD et quelqu’un pour me prendre chaque soir, avant de se coucher, dans ses bras.
Car je ne vis pas seule...
(Elle ne vit pas seule... je suis son espace, ses lignes, sa préférence, son silence!Personne ne peut rien contre moi car elle ne s’arrête pas... elle écrit, elle grifonne, elle gribouille, elle dessine même parfois, alors je deviens feutre, papier cançon, bout de chiffon...)
Si ma tante en avait je l'appellerais mon oncle, je ne vis pas seule et c’est très bien comme ça.
(Ménage à trois.)
E.K
31 mai 2006
hurt
(Quand elle est née, elle n’a pas pleuré tout de suite après la phase de l’expulsion, alors les infirmiers lui ont donné quelques petites tapes pour qu’il y est réaction.
Sa mère a cru qu’elle n’avait que quatre doigts à sa main gauche, quand ils l’ont déposé, encore toute recouverte de placenta, sur sa poitrine.
Sa mère s’est dit qu’elle l’aimerait quand même si c’était le cas.
Sa mère l’aime.
Quand elle est née, elle n’a pas pleuré tout de suite mais elle avait tous ses doigts.
Je suis ses carreaux, je suis sa page blanche, je suis son carnet, son journal, Kitty, je suis son support, je suis son "vomi" comme elle dit, je suis sa démence, je suis son objet, je suis ses lettres, sa ponctuation, sa respiration...
son silence.
Je suis son silence...
Je suis ses lignes, celles des pages de droite, celles qu’elle préfère.
Je suis sa conscience, son prolongement, je suis ses fautes d’orthographe, ses consonnes, son cahier, je suis son espace,
je suis ses rimes...
son silence.
Je suis son silence...
Je suis tout ce qu’elle à bien voulu laisser... avant de partir.
Elle m’a choisi pour que je fasse le lien. Je suis son lien, son messager.
Je suis fidèle, je prends soin de toutes ses phrases qu’elle m’abandonne chaque jour, qu’elle ne relit jamais,
que je garde bien au chaud, pour qu’elle ait bien chaud.
Je suis sa musique, je suis sa plume, je suis son reste, ses mots, je suis son esprit, sa délivrance, son silence.
Je suis son silence...)
- Je suis née un 29 Décembre.
En Hiver.
Je suis née avec mes dix doigts qui n’ont jamais rien su faire d’autre qu’attendre quelque chose qui n’arrivait pas.
N’importe quoi! Pourvu que ça vienne à moi...
Alors puisqu’à la première seconde du premier jour de ma vie, je n’ai pas voulu qu’on m’entende, mes dix doigts ont appris à jouer du piano pour le son,
puis ils ont appris l’écriture... pour la communication. Je dois écrire, c’est venu à moi.
Alors j’ai écris,
pour me débarrasser un peu...
(Elle a écrit. Je suis ses maux, je suis sa chaire, je suis son repère. Elle a écrit... pour se débarrasser un peu, je suis son reste. Elle m’a choisi pour que je fasse le lien...)
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dernier morceau installé dans mon ELFY'S ipod;
HURT by johnny cash...
ce morceau est une symphonie à lui tout seul, je n'ai pas de mots; sa voix, le texte, les images, la lumière du clip, ses rides, je suis amoureuse... but...
"I hurt myself today (j'ai promis d'arrêter)
To see if I still feel
I focus on the pain
The only thing that's real
The needle tears a hole
The old familiar sting
Try to kill it all away
But I remember everything" *

*lyrics by johnny cash
*collage extracts from my diary 2002
09 mai 2006
when i'll be... BODY COMBAT!!!
ça fait 2 heures que je suis dessus...
ça ne marche pas, incompatibilité de fichier visiblement...
j'ai travaillé pour vous donner la dernière partie de "quand je serai grande"
*extrait de PARLE MOINS FORT,
et quand je le poste; bug, nada, zéro!!!!
2 heures. C'est trop...
je n'aime pas perdre mon temps, le temps est précieux, même si ce moment présent est BON...
comme beauty, comme banane, comme beautiful...
je n'aime pas perdre mon temps,
c'est comme faire du piano à quatre mains, je n'aime pas, je ne peux pas, faire du piano à quatre mains, je ne peux pas,
c'est faux, c'est faux...

01 mai 2006
Happiness May... when i'll be... ( PART TWO)



(Je ne sais plus vraiment quand elle a commencé. Elle a pris un stylo, un jour, puis elle a écrit...)
Quand je serai grande, je m'occuperai des défunts et j’aimerai ça!
Grâce à mes tours de magicienne je permettrai aux familles en deuil de garder chez eux leur être cher, dans des conditions d’hygiène maximales.
Des conditions d’hygiènes maximales.
Forte des mes cours d’esthéticienne de beauté en tout genre, appris pour "Madame", j’effacerai du visage des pauvres disparus les stigmates de la mort, d’un coup de pinceaux à maquillage.
(“Madame”, elle en a écrit des pages sur “Madame”, tout d’une traite comme ça, sans gommer, sans rayer, “Madame” c’est venu comme ça. Mais pas maintenant, plus tard. Vous lirez plus tard. Il y a tellement de choses de toutes façons. Tellement de choses dans sa tête qu’elle écrit. Je suis silence. Je suis son silence. Alors vous lirez “Madame” plus tard...)
J’aimerai mon travail, quand je serai plus grande, j’aimerai être dans le silence des défunts. J’aimerai être auprès d’eux.
Dans leur silence. Pour changer un peu de silence...
Quand je serai grande je me rendrai au funérarium pour préparer mes nouveaux amis.
(Tu n’as pas peur?)
Je n’ai pas peur, contrairement aux autres, les vivants, qui ne m’adressent plus du tout la parole depuis que je fais mon métier
-thanatopractrice- Ils pensent que la mort est contagieuse...
(Tu es thanatopractrice?... Maintenant c’est sur, tu es thanatopractrice et tu rends beaux les morts!)
J’arriverai toujours à l’heure avec mes mallettes de maquillage, puis une fois que le nom ou le numéro raccordé au défunt me sera dévoilé, j’irai le chercher dans sa case réfrigéré. Après l’avoir tiré de son tiroir, je découvrirai la nouvelle forme humaine que j’ai à restaurer. Mon nouveau client.
(Je suis tes mots, tes rimes, tes espaces. Je suis ta folie, ton silence, ton intelligence. Ton imagination. Je suis ton imagination...)
Cela doit-être terriblement excitant d’ouvrir une case pour en extraire une housse en plastique blanc sans en connaître le contenu...
Comme les jeux de “tirette”!
(Tu aimais aller à la tirette; le mystère, la curiosité. Écris plus fort pour te rappeler...)
-1- Mettre 1 francs dans la fente.
-2- Choisissez votre rangé.
-3- Tirez d’un coup sec la tirette.
-4- Récupérez votre surprise.
Femme?
Homme?
Vieille femme, jeune homme?
Mort naturelle? Corps accidentés, opérés? Connu de moi?...
Certaine prostituées attendent parfois des vies entières de tomber un jour sur leur père ou leur frère. Moi je n’ai pas de frère et papa joue aux cubes en bois avec moi sur son dos, le soir quand il ne rentre pas trop tard.
(Il est évident qu’elle cherche à brouiller les pistes, elle cherche à se rassurer, mais papa ne joue plus aux cubes en bois, elle est bien trop grande maintenant, et depuis longtemps. Elle écrit, c’est plus fort. Plus fort qu’elle. Alors parfois elle se disperse, on lui dit de faire un plan, on lui dit de faire attention aux fautes de syntaxe! Tu écris, c’est courageux. Tu écris quoi? Mais, fait un plan et attention aux fautes de syntaxe, on lui dit aussi. Planifier ce qu’elle écrit, c’est impossible. Alors elle a 5 ans, elle en a 25 une ligne plus loin. Quelle importance? Je suis là pour restructurer un peu. Rassurer les faiseurs de plan et les fauteurs de syntaxe.)
Femme? Homme? Connu de moi? Chaque fois que j’ouvrirai doucement la fermeture éclaire pour découvrir le nouveaux visage dont je dois m’occuper, mon coeur me pincera très fort.
Aujourd’hui je dois aller voir trois morts. On m’a déjà donné leur identité;
un homme à son domicile,
une femme
et un accidenté de la route.
Moto.
Le contact avec la mort me fait du bien...
(Tu es thanatopractrice... Maintenant c’est sur, tu es thanatopractrice et tu rends beaux les morts. Plus jeune, les petits oiseaux déjà... Maintenant tu écrits, et tu prépares les morts pour leur dernier voyage. Moi je retranscrit... Tu me laisse tous ces mots, toutes ces visions, toutes ces peines, cette imagination. Je suis ce TOUT. Tu n’as plus d’amis. La mort est contagieuse.
Alors tu écris. Des pages et des pages encore... )
*extrait de PARLE MOINS FORT. elfy ka
20 avril 2006
when i'll be... (PART ONE)
(Je ne sais plus vraiment quand elle a commencé. Elle a pris un stylo, un jour, puis elle a écrit. Elle est attaché à moi, dans sa tête, elle ne peut pas faire autrement. Elle écrit c’est plus fort. C’est plus fort qu’elle. Elle doit écrire et écrire encore. Elle s’attache. Elle s’agrippe comme elle tirerai sur le bras de quelqu’un. Sur le bras de papa?
Elle s’attache, elle s’accroche. Alors je m’entasse, je me rajoute, et des pages, et de l’encre, et des pensées.
On dit que c’est courageux... Elle fait ça comme ça.
Je suis son prolongement, sa manière de s'étendre, de se répandre.
Beaucoup de gens lui demandent ce qu’elle écrit, d’autres trouvent qu’elle devrait parler plutôt que de vivre dans le silence...
Ce qu’elle écrit?
Elle dira que c’est un Roman. Elle est fatiguée. Ce sera plus facile de dire que je suis un roman. Le fruit de son imagination.
Je suis son imagination.
Alors elle est là, face à moi, elle pianote et glisse sur moi chaque jour un peu plus. Comme un soulagement.
Elle se soulage. Elle ne peut pas faire autrement. Elle doit écrire et écrire encore. Maintenant c’est foutu, elle pense qu’elle ne pourra plus arrêter, c’est devenu trop dangereux.
Arrêter... d’écrire.
Trop dangereux.
C’est comme ça.
Je suis coupant, vital, dangereux.
Pour elle je suis tout ça, coupant, vital, dangereux et pourtant si indispensable. Elle sourit, elle aime, elle pense, elle pleure, elle rêve, elle se réchauffe, elle ment, elle chante, elle danse, elle crie, elle mange, elle part, elle range, elle vomi, elle tombe, elle touche, elle respire, elle marche, elle dort...
elle parle moins fort...
Maintenant.
Elle fait très attention. Au restaurant. Dans la rue. Au téléphone. Chez elle. Elle fait très attention.
Parler moins fort.
Doucement.
Alors elle écrit. On dit que c’est courageux. Beaucoup de gens lui demandent ce qu’elle écrit...
Elle dira que c’est un roman. Le fruit de son imagination. C’est beaucoup mieux comme ça. Je suis ses mots, je suis son brouillon, je suis ses phrases, je suis son espace, je suis son temps, son silence, sa musique, je suis sa part, je suis sa page, son imagination.
Je suis son imagination...)
Moi, quand je serai grande, je serai thanatopractrice.
(Elle ne sait pas le dire. Tha-na-to-prac-trice. Alors elle écrit ce mot qu’elle aime. Elle ne sais pas le dire. Elle est dyslexique, "société générale- sécurité sociale". C’est plus fort. Plus fort qu'elle. Elle ne sait pas le dire. Elle s'emmèle. La langue. Voyelles. Mélange de voyelles. Dans sa tête mélanger les mots. Trop de maux. Alors elle écrit...)
Je serai thanatopractrice! Je dessine sur mes cahiers des squelettes, des tibias. Je dessine des os, de beaux os intacts, lisses, rendu blancs parce-que je les ai fait bouillir à la casserole, même que maman n’est pas d’accord quand j’utilise celle pour le chocolat chaud. Je n’aime pas le lait chaud. Je préfère faire bouillir mes os. J’aime les os. Je n’aime pas le lait chaud...
Mon estomac se retourne quand je bois du lait chaud. Alors maman m’a dit;
- je vais t’en offrir une, rien que pour tes os, d’accord? Une casserole rien que pour tes os. Tu seras contente?
Quand je serai grande, je serai contente car j’aurais une casserole rien qu’à moi pour tous les ossements que je récupérerai dans le nid de quelques oiseaux nocturnes ou dans les restes festifs
d’ “amis” carnivores.
Je fais les poubelles. Mes mains dans les restes. Je ramasse les restes. Je ramasse les os.
Je les observe, je réfléchi.
(Quand elle réfléchit tout s'arrête!)
Chercher la blancheur parfaite, retrouver la pureté d’origine, passer tout à la casserole, rendre beaux et observer...
Dessiner, sur mes cahier, la pureté d’origine. Garder les os. Dans ma casserole.
Quand je serai grande, j’apprendrai le traitement mystérieux qui retarde le processus inéluctable de la décomposition d’un corps... mort.
Le processus inéluctable de la décomposition d’un corps mort.
Dans le jardin du quartier de “la pie”, j’enterre avec l’aide de ma soeur "la p'tite Charlotte", les oisillons que le vent fou et sans scrupule fait s’envoler à tout jamais. Leur petit corps tou récent, dénué de poils, tombe inerte sur le bitume, boom, comme le bébé, tombe inerte donc, comme de la matière molle.
Je peux sentir sous mes doigts tous leurs os broyés.
(Tu sentais sous tes doigts tous leurs os broyés...)
Un nouveau coup de vent et voici le petit dernier qui s’écrase. Il est violet à cause de l’énorme hématome qu’il représente maintenant.
J’ai du sang dans la main. Il est encore chaud...
Je vais chercher une feuille de papier toilette, dans les cabinets glacés de la maison, et je lui fabrique avec, une sorte de combinaison thermique. Il faut le protéger. Sa peau est presque transparente, je vois des veines, des ombres, c’est étrange au touché on dirait du poulet pas cuit.
*extrait de PARLE MOINS FORT. elfy ka

11 avril 2006
crash

A chaque anniversaire c’est la même chose... on raconte toujours la même histoire.
L’ accident. C’est Maman qui raconte. L’histoire du premier accident. Maman ne pleure plus. Elle pleurait chaque fois avant. Mais là, heureusement elle ne pleure plus. A chacun de mes anniversaires c’est la même chose... elle raconte toujours la même histoire. Je suis dans mon couffin, j’ai deux mois, je suis dans un couffin en osier et maman se gare sur un parking. Elle raconte toujours la même histoire d’accident... Le premier. Je suis dans mon couffin, à l’arrière de la voiture. Elle se gare sur le parking et ouvre la portière arrière pour prendre le couffin. Je suis dans le couffin en osier et le bas de la porte arrière accroche le couffin qui lui fait lâcher une des anse. Elle lâche l’une des anse. Le couffin s’ouvre et le bébé tombe sur le parking. B O O M! Le bébé tombe sur le bitume du parking, l’anse du couffin en osier a lâché, je tombe boum, sur le béton. La tête sur le béton. Boom! Elle entends le bruit de ma tête sur le parking, Maman. Boom. Chaque fois c’est la même chose. La même histoire. Je retombe à chaque anniversaire. A chaque anniversaire je retombe. Boum. Maman ne pleure plus. Elle pleurait chaque fois avant. L’histoire de l’accident. Le premier. Elle a beaucoup pleuré sur le parking quand le bébé, boom, sur le bitume. Mais là, heureusement elle ne pleure plus. Je suis là maintenant. Ni sur le parking. Ni sur la moto. Je suis là maintenant et le couffin est cassé. Non brûlé. On a brûlé le couffin quand le bébé est rentré. L’hôpital. Pendant trop longtemps à l’hôpital sans maman. Du coup, le couffin on l’a brûler. Le bébé trop longtemps à l'hôpital, les infirmières, les lumières nuit et jour, le bruit, fort le bruit, tout le temps, loin de maman trop longtemps...Je suis tombée sur le béton et mon couffin a brûler. Après, mes jambes. Sur la moto. Les bras et les jambes brûlés, les fesses brûlées, en jupe sur la moto. Mais je suis là maintenant. Je ne tombe plus. J’écris. Je ne tombe plus. Je fais moins de bruit. Je parle moins fort. Je ne tombe plus. Voilà de quoi rassurer papa. Voici de quoi rassurer maman. Elle ne pleure plus maintenant. Maman.
(Vu d’ici, elle va bien. C’est mieux pour elle toute cette paperasse qu’elle entasse. Elle n’écrit plus Kitty, mais elle parle un peu, maintenant c’est vrai, elle parle un peu tous les vendredi à 11heure mais elle n’écrit plus Kitty, non. Elle écrit ça. Elle ne juge pas. Non. Elle ne condamne pas. Elle veut simplement être juste. Avec elle même être juste. Elle écrit parce qu’elle veut-être juste envers elle même. Se débarrasser un peu, se rappeler, être juste. Alors toute cette paperasse c’est mieux. Je m’entasse, on dit que c’est courageux, elle évitera les fautes de syntaxe, pour papa, elle se rappellera papa qui dit de faire attention aux fautes de syntaxe. Est ce que ça intéressera quelqu’un ce qu’elle écrit? demande papa. Elle verra. Elle s’en fou, elle écrit, elle entasse, elle vomi... faut que ça passe. Elle sera juste, pour elle. Pas de plan, pas d’explications. Je suis ses mots. C’est déjà ça. On dit que c’est courageux. Je suis son courage, c’est déjà ça. Je suis sa liberté, son naufrage, sa tête qui tourne, son histoire d’anniversaire, son couffin, sa portière. Je suis là, pour elle c’est déjà ça.)*
*extrait de PARLE MOINS FORT. Elfy Ka.


