Il y a quelques jours je suis tombée sur " Le cerveau d'Hugo"... et ça m'a plu ! J'ai connu Hugo sauf qu'il s'appelait "Charles". En fait... 
Ce reportage m'a fait remonter des souvenirs encore chaud... comme le cerveau d' Hugo.

Extrait de "PARLE MOINS FORT" ( Roman / Fiction by Elfy Ka)

" L’été est fini, mon spectacle réussit. C’est la fin de l’été, la fin.

Peut-être qu’avec un peu de chance cette année, j’aurais un handicapé comme ami dans ma classe. Je le protégerais de tous et nous nous confierions nos plus intimes souvenirs. Il s'appellera Charles et je défendrais à quiconque de lui faire du mal. 

 (Je suis son imagination...)

Charles serait pour moi comme un rayon de soleil, il ferait du bien à mes sombres idées, il transformerait le noir en couleur, grâce à sa naïveté. Il serait comme le pansement qui calme et désinfecte les coupures. Un morceau de coton après les prises de sang, celui que j’ai toujours envie de garder en souvenir du mal que ça m’a fait... 
J’observerais Charles chaque instant et je rêverais de me blottir dans sa tête, contre son cerveau, qui me semblerait ne rien voir, ni sentir, du Mal. 

Charles. 

Je le suivrais, je le porterais pour le faire rire et pour l’entendre crier mon prénom dans sa bouche à lui si pure. Je me battrais pour lui, un jour, contre un garçon débile et roux, puis il arriverait comme une fleur après la tempête, ne se rendant compte de rien ! Ni de mon coeur ouvert, ni de mon courage. 

Charles. 

Il me tirerait par la manche lèverait sa tête vers le ciel pour regarder au plus haut et hurlerait soudain comme un fou - “Oh... un oiseau !” son doigt pointé vers le bleu du ciel qu’il verrait sûrement d’une autre couleur bien plus belle et plus rassurante encore.
Les autres s’éloigneraient par peur, courants partout, comme si l’alarme de l’école s’était mise en route annonçant le feu qui cernerait déjà les murs en quelques secondes, et où tous les enfants, sans exception, crameraient vifs en hurlants et pleurants leurs mères.  

Je lèverais à mon tour la tête et ferais très fort un voeu en apercevant, grâce à Charles, la première hirondelle. 
Celle qui annonce le Printemps. 
Celle qui tue d’un mouvement d’ailes tous ces putains d'hivers. 

 ( Elle est née en hiver... )

Le ciel se mettrait à tournoyer au dessus de nos têtes comme un signe d’apocalypse. Main dans la main nous serions emportés par le néant. 
Je regarderais le visage de Charles qui rirait aux éclats, fasciné et émerveillé par cette danse imprévu. Il ne sentirait nullement le danger derrière ses lunettes épaissent comme le cul des bouteilles de rouge que son père s'enfilait pour oublier sa peine qui chaque jour le tuait quand il regardait... son fils.

( Je suis ses mots, je suis son rythme, je suis ses pensées qui vont trop vite.)

Charles rirait comme un nouveau né en poussant des petits cris d’aigles et en se raidissant de tout son corps. La mort nous envelopperait dans son long manteau, tout en fourrure de bébés phoques, qu’il rirait encore. Il ne sentirait presque rien lorsque nos os viendraient se fracasser au sol, lorsque le vent nous lâcherait en plein vol... 

Comme des hirondelles tombées du ciel... "

 E.K

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