by_lou

Je suis partagée entre plein de choses à écrire... à dire, à laisser là, comme ça!
Je n'ai pas envie de choisir alors je vais tout raconter;
- "la fabrication d'un mensonge" -
C'est un 1er roman d'Audrey Diwan qui, à force de matraquage dans les journaux, a fini par arriver entre mes mains. Je n'ai pas aimé;
Je veux dire, j'ai été extrêmement déçu, j'ai attendu qu'il se passe quelque chose pendant les 200 pages et puis non, rien, quelque chose en demi teinte, pas tellement assumé, mais pardon Melle, je ne suis pas du genre, et surtout pas là pour la moindre critique.
Néanmoins, le titre et la maigre explication page 171, sont, la "finalement bonne raison" que j'ai eu de m'y intéresser...
Quelque chose là, dans la description que fait l'auteur de son thème (le mensonge) est venu me frapper à la tête avec autant de force qu'il m'en reste encore une trace, une bosse.
Décryptage.

- "... je vais te confier un secret, celui de la fabrication artisanale d'un mensonge... Tu choisis un solide morceau de réalité, tu l'ouvres et tu y greffes délicatement un détail. Ensuite, tu recouds et tu attends de voir si ça prend. Tu te laisses cicatriser dans ta tête et, sans t'en rendre compte, tu commences à l'oublier. Si la greffe est réussie, le mensonge devient un petit morceau de ton histoire. Un bon mensonge est un mensonge qu'on se raconte d'abord à soi. Et naturellement, un jour, dans une conversation, il ressort tout seul. Le mensonge a germé. Il est mûr..."

Vous allez sûrement vous demander où je veux en venir?
Le principal c'est la résonance que cela fait en moi, en mes mots et en ce que j'écris depuis toujours!

Voici un nouvel extrait de PARLE MOINS FORT;
"
(...)
Je pourrais écrire un roman.
J’ai des tas de Kitty qui s’amassent mais je n’écris plus depuis deux ans.
J’écris autre chose. J’écris... pour me débarrasser un peu! (?)
Se débarrasser c’est approuver que ça existe. Non, alors non, je ne me débarrasse pas, je créer. J’invente.
Oui voilà, j’invente et je suis courageuse. On me dit que je suis courageuse d’écrire. Alors je continue.
Je pourrais inventer une histoire en hiver.
(Tu pourrais inventer, oui, ce serait tout autant courageux...)
“Anna aime la mort”.
(Anna? Ça sent la peur Anna. Anna c’est l’odeur de la peur mais Anna c'est peut-être aussi la libération. Allons-y pour Anna.)
Anna...
Ça raconterait le silence. Ça dévoilerait un secret. Celui d’une jeune fille qui se banderait les seins pour ne pas attirer l’attention, surtout ne pas attirer l’attention, tant elle est mûre et grande et différente des autres filles de sa classe, tant elle souffre de cette différence, les ongles rongés, les lourds soupirs, les tics. La jeune fille qui se battrait contre des garçons roux et débiles.
(Elle est différente. Elle se sent différente parce qu’elle est lourde. Dans ses yeux, c’est dans ses yeux que tout se passe. C’est dans ses yeux qu’il y a la différence... elle ne le fait pas exprès, ses yeux, ils l’emmènent, ils lui montrent des choses qui semble différentes. Alors elle écrit la différence, le silence. Je suis son silence...)
Anna qui aurait de longs cheveux blonds et qui dépasserait tout le monde d'une tête, à cause qu'elle a eu ses règles à onze ans et que, de toute manière, chez elle, tout aurait toujours été en avance. Anna qui penserait si fort qu'une fois qu'on est femme et que son corps est déchiré il est trop tard pour continuer de faire le bébé.
Alors elle grandirait plus vite que tout le monde, pour s’échapper.

(Elle a écrit “s'échapper c’est approuver que ça existe”, elle fait comme elle peut, elle fait comme sa peine...)

Anna lutterait contre les adultes qu’elle entendrait lui dire, face à ses silences et ses angoisses; c’est l’adolescence ça te passera!
Ça passera c’est sûr, il suffisait qu’elle le décide, qu’elle dessine, qu’elle écrive, qu’elle gribouille, qu’elle respire, qu’elle regarde ailleurs, loin de sa tête, qu’elle ne regarde plus dans sa tête!
Une petite fille. Une toute petite fille, fière, inconsolable, mais fière. Dure. Si dure. Et forte aussi. Une toute petite fille fière, dure et forte. Une petite fille à son papa.

(Elle écrit. Elle invente. Je suis tout ce qu’il y a au fond de sa tête. Je suis ses doigts qui s’articulent. Je suis ses pensées qui s’articulent. Je suis les vendredi à 11heure, les jolies fleurs, à gauche, à droite. Je suis dessins, je suis couleurs et gribouillages, je suis son air, je suis ses yeux ailleurs, je suis ce qu’elle décide... ne plus regarder dans sa tête. Malheur.)

C’est l’adolescence ça te passera! Anna se demanderait comment le poids de la vie, d’une nuit, d’un hiver, d’un Noël peut bien vous passer! En attendant, elle aurait envie de tous les buter chacun leur tour. Ces adultes. “Ça te passera”... !?
Elle serait de toute évidence consciente qu'elle ne ferait que trois lignes dans les journaux si elle envisageait de noyer sa petite soeur dans l'eau de son bain, d'électrocuter sa mère qui voulait s'en mêler ou d'empoisonner son père qui ne s'étonnerait même pas de se retrouver seul en rentrant du travail, son dîner tout prêt sur la table rempli de mort aux rats. Elle commencerait à devenir intéressante si pour chaque personne croisée sur son chemin elle poignardait de sang froid ou elle brûlait vif au zippo Camel...

Mais cette idiote d’Anna n’aurait aucune force de vengeance en elle.
Car elle serait une faible.
Faible comme une petite fille de treize ans...
Une toute petite fille, fière, inconsolable, mais fière. Dure. Si dure.
Alors son seul moyen de survie, pauvre idiote, serait d’écrire. Ecrire toujours et encore, et recommencer pour que ça passe. Et en écrire et des pages, et bien se vautrer dans ses mots pour être tranquille, surtout ne pas parler non! Ce serait trop dur, ça ferait bien trop mal, ça lui demanderait trop d’effort.
Alors non, la pauvre Anna n’aurait aucune force, que celle d’écrire des comptines sombres, amorales et pornographiques “recommandées aux enfants”, rien que pour voir leurs têtes horrifiées avant de s’endormir! Pour partager.
De toute manière elle pourrait toujours se faire piquer en train de les écrire et de les envoyer par internet dans tous les foyers du monde, elle serait de toute évidence coupable! A jamais elle le serait et plus encore d’avoir survécu...
Elle serait coupable d’avoir touché, d’y avoir goûté, d’avoir assisté, de ne pas avoir crevé cette fameuse nuit, sur ce lit, au pied de l’arbre fruitier du pêché. A ses pieds, à lui! ne pas avoir crevé, c'était lui permettre de recommencer...

(Je suis sa migraine, je suis son ambition, son imagination, sa contradiction. Je la suis, elle écrit, je suis sa permission d’écrire plus fort, encore, encore, et de recommencer...)

Alors pour passer le temps et pour oublier elle s’acharnerait sur son piano pour faire du son, du fort, du "qu’on entend"!
Son coeur, sa vie, croiseraient entre autre l’oeuvre de Mozart, Rachmaninof, Bach, Ravel... qui la transformerait pour toujours.
A quatre ans on la mettrait au piano et comme un bébé fou, elle passerait des heures sur les touches en ivoire, qui sentiraient la mort.
Anna aimerait ça.
Elle apprendrait le langage de la musique et choisirait de se taire.
On la penserait muette plusieurs années à cause de son silence, lourd. Celui qui plombe, celui que certain fuit, celui auquel on a pas envie de se frotter.
Trop dur, trop abyssal.
Elle susciterait de ce fait la tentation de lui faire du mal , on ne serait pas par où la prendre. Le silence rend fou les autres.
Ceux qui savent utiliser les mots pour vivre, se définir, ou contester.
Son silence rendrait fou. Les hommes n’auraient rien à craindre de sa parole. Elle ne parlerait pas. Surtout si ça fait mal. Elle ne parlerait pas...
Le silence rend fou les autres. Elle attirerait sur elle le vice et le drame.
Elle pèserait sur les gens de sa famille comme un être handicapé qu’on cache, qu’on enferme dans une chambre au dernier étage de la maison lorsque la maîtresse reçoit, pour ne pas faire désordre.
Elle serait la cause du divorce de ses parents et par conséquent de la rupture d’une famille entière. Elle aurait ce nouveau poids sur ses épaules. Elle serait lourde... Anna. Elle serait lourde
Comme son silence.
Lourd sur les autres qui ne veulent pas si frotter. Pas de temps à perdre avec son silence.

(Comme moi. Lourd sur les étagères où je m’entasse, où je prends la poussière. Où je prends trop de place. Comme son corps. Lourd de chair, de bouts de peau en trop. De souvenirs qui se cachent et qui opèrent. En silence. Dans son silence!
Mon dieu, je suis son silence...)

Anna porterait ce poids lourd, la déchirure du cocon familial, chaque fois qu’une grande cousine paternelle, ou un oncle secrètement amoureux de sa maman viendrait lui parler d’elle avec une nostalgie étouffante. Une nostalgie étouffante.
( Etait-ce sa force? il devait bien peser 30 Kilos de plus qu’elle...)
Alors Anna, un jour, se mettrait à écrire et tout cela finirait par disparaître, tout cela finirait. Avec le temps.
On arrête pas le temps...

(Mais tu peux le changer, inventer, créer, réécrire, et tu peux jouer, rêver, mentir. Tu peux écrire et encore et plus fort et rire et vivre et ne plus avoir peur...)

J’ai peur. Anna a peur. Je suis lourde. Je veux dire, elle est lourde. Elle porte sur ses épaules la déchirure. Les déchirures. La peau se déchire. La vie se déchire. Le papier se déchire. Les familles se déchirent. Le coeur se déchire. Les chaires se déchirent. Le corps déchiré pour toujours... J’ai peur.
"La peur est l’énergie qui contracte, referme, attire, court, cache, entasse et blesse.
L’amour est l’énergie qui s'étend, s’ouvre, envoie, reste, révèle, partage et guérit.
La peur enveloppe nos corps dans les vêtements, l’amour nous permet de rester nus.
La peur s’accroche et se cramponne à tout ce que nous avons, l’amour chérit.
La peur empoigne, l’amour lâche prise.
La peur laisse de la rancoeur, l’amour soulage
La peur attaque, l’amour répare.
Chaque pensées, paroles ou action humaine est fondée sur l’une ou l’autre de ces émotions. L’Homme n’a pas d’autre choix. La peur. L’amour. Mais l’Homme est libre de choisir entre les deux..."*Conversation avec Dieu* Neale Donald Walsh.

ET PUIS JUSTE POUR LE BON SOUVENIR ET POUR LUI FAIRE UN SIGNE, à toi le petit prince, cette chanson partagée, de tout mon coeur... Elfy

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