poupon
A chaque anniversaire c’est la même chose... on raconte toujours la même histoire.
L’ accident. C’est Maman qui raconte. L’histoire du premier accident. Maman ne pleure plus. Elle pleurait chaque fois avant. Mais là, heureusement elle ne pleure plus. A chacun de mes anniversaires c’est la même chose... elle raconte toujours la même histoire. Je suis dans mon couffin, j’ai deux mois, je suis dans un couffin en osier et maman se gare sur un parking. Elle raconte toujours la même histoire d’accident... Le premier. Je suis dans mon couffin, à l’arrière de la voiture. Elle se gare sur le parking et ouvre la portière arrière pour prendre le couffin. Je suis dans le couffin en osier et le bas de la porte arrière accroche le couffin qui lui fait lâcher une des anse. Elle lâche l’une des anse. Le couffin s’ouvre et le bébé tombe sur le parking. B O O M! Le bébé tombe sur le bitume du parking, l’anse du couffin en osier a lâché, je tombe boum, sur le béton. La tête sur le béton. Boom! Elle entends le bruit de ma tête sur le parking, Maman. Boom. Chaque fois c’est la même chose. La même histoire. Je retombe à chaque anniversaire. A chaque anniversaire je retombe. Boum. Maman ne pleure plus. Elle pleurait chaque fois avant. L’histoire de l’accident. Le premier. Elle a beaucoup pleuré sur le parking quand le bébé, boom, sur le bitume. Mais là, heureusement elle ne pleure plus. Je suis là maintenant. Ni sur le parking. Ni sur la moto. Je suis là maintenant et le couffin est cassé. Non brûlé. On a brûlé le couffin quand le bébé est rentré. L’hôpital. Pendant trop longtemps à l’hôpital sans maman. Du coup, le couffin on l’a brûler. Le bébé trop longtemps à l'hôpital, les infirmières, les lumières nuit et jour, le bruit, fort le bruit, tout le temps, loin de maman trop longtemps...Je suis tombée sur le béton et mon couffin a brûler. Après, mes jambes. Sur la moto. Les bras et les jambes brûlés, les fesses brûlées, en jupe sur la moto. Mais je suis là maintenant. Je ne tombe plus. J’écris. Je ne tombe plus. Je fais moins de bruit. Je parle moins fort. Je ne tombe plus. Voilà de quoi rassurer papa. Voici de quoi rassurer maman. Elle ne pleure plus maintenant. Maman.
(Vu d’ici, elle va bien. C’est mieux pour elle toute cette paperasse qu’elle entasse. Elle n’écrit plus Kitty, mais elle parle un peu, maintenant c’est vrai, elle parle un peu tous les vendredi à 11heure mais elle n’écrit plus Kitty, non. Elle écrit ça. Elle ne juge pas. Non. Elle ne condamne pas. Elle veut simplement être juste. Avec elle même être juste. Elle écrit parce qu’elle veut-être juste envers elle même. Se débarrasser un peu, se rappeler, être juste. Alors toute cette paperasse c’est mieux. Je m’entasse, on dit que c’est courageux, elle évitera les fautes de syntaxe, pour papa, elle se rappellera papa qui dit de faire attention aux fautes de syntaxe. Est ce que ça intéressera quelqu’un ce qu’elle écrit? demande papa. Elle verra. Elle s’en fou, elle écrit, elle entasse, elle vomi... faut que ça passe. Elle sera juste, pour elle. Pas de plan, pas d’explications. Je suis ses mots. C’est déjà ça. On dit que c’est courageux. Je suis son courage, c’est déjà ça. Je suis sa liberté, son naufrage, sa tête qui tourne, son histoire d’anniversaire, son couffin, sa portière. Je suis là, pour elle c’est déjà ça.)*

*extrait de PARLE MOINS FORT. Elfy Ka.